M. le Premier Ministre de la Dominique, Roosevelt Skerrit était en MARTINIQUE son discours intégral


Rédigé le Jeudi 3 Avril 2014 à 00:21 |
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Merci, Monsieur le Président. Je vais également saluer la présence de vous tous dans cette Assemblée Régionale et je voudrais également saluer les personnes qui se trouvent dans le public et toute la communauté martiniquaise.
Je voudrais d’abord dire que je ne parlerai pas très longtemps. Je ne suis pas un homme politique qui continue à parler pendant de très longs discours. Mais je suis très reconnaissant vis-à-vis du Président et de vous-mêmes membres de cette Assemblée pour m’avoir octroyé ce très grand privilège de pouvoir m’adresser au peuple martiniquais.



M. le Premier Ministre de la Dominique, Roosevelt Skerrit –


Je voudrais tout d’abord, remercier le Président LETCHIMY pour son accueil très chaleureux en Martinique et pour l’excellente organisation de ma visite ici.

Je voudrais vous parler de quelques thèmes très importants et bien sûr, le premier thème que nous allons aborder c'est la demande de la Martinique pour devenir membre associé de l’OECS et du CARICOM (la Communauté Caribéenne).

Je voudrais dire dès le début, que la Dominique est en solidarité totale avec la Martinique dans son effort pour devenir membre associé de l’OECS et à la fois de la CARICOM. Je ferai tout ce qui est dans mon possible pour m’assurer que l’approbation de cette adhésion se passera bien. Nos citoyens se demandent pourquoi la Martinique devrait rejoindre l’OECS, pourquoi la Martinique devrait rejoindre le CARICOM.

Nous faisons partie du CARICOM depuis plusieurs années, mais il nous faut apprécier le fait que la Martinique fait partie de l’Union Européenne et la Martinique, dans toutes ses intentions et ses desseins, fait également partie de la Caraïbe.

Et pour moi, d’après ce que je comprends, c'est une anomalie historique que la Martinique ne fasse pas partie des discussions régionales. Et je pense qu’il faut que les constructeurs de la Martinique résolvent cette anomalie historique pour que la Martinique devienne membre de l’OECS et de la CARICOM.

Nous venons de conclure la réunion des chefs d’Etat à Saint-Vincent et aux Grenadines, donc du CARICOM, et pour moi j’ai un sentiment nostalgique et un grand sentiment de fierté d’avoir vu votre Président, le Président LETCHIMY qui s’est adressé au gouvernement de la CARICOM en son propre nom et au nom du peuple martiniquais.

Et j’ai senti qu’enfin, nous sommes sur un terrain très solide, sur des fondements très solides pour amener la Martinique à la table des chefs d’Etat. Et bien que ce ne soit pas un territoire indépendant, nous le voyons sur un pied d’égalité et nous lui adressons le même
respect, le même protocole que tous ceux qui font partie du CARICOM.

Je pense que c'est un sentiment de fierté également pour le peuple de la Martinique, qu’après tant de décennies, la Martinique est autour de la table des discussions du CARICOM et de l’OECS. Dans mes propres discussions avec mon collègue après sa contribution, je voulais vous dire que tous les membres du CARICOM, de la Jamaïque au nord, jusqu'au Surinam dans le sud attendent avec impatience que la Martinique fasse
partie de cette architecture régionale.

Parce que nous devons également apprécier le fait qu’il y a un certain nombre de choses sur lesquelles nous pouvons travailler. Nous avons des défis communs, qui requièrent nos efforts dans un monde mondialisé, une approche commune pour traiter ces sujets. Nous parlons de la sécurité. Est-ce que la Martinique peut être sécurisée sans la coopération de la Martinique et de Sainte-Lucie ?

Nous avons ont parlé de la question de la santé et en particulier des maladies telles que le sida, le cancer, le diabète. Est-ce que nous ne pouvons pas travailler ensemble pour éradiquer ou réduire l’impact de ces maladies qui continuent à être un fléau ?

La Martinique a beaucoup à partager avec le monde de par sa propre expérience. Et quand on regarde votre pays, ce que vous avez pu faire pour développer ce pays, vous les Martiniquais, vous devez ressentir un grand sentiment de fierté. Mais je ne pense pas que cette expérience devrait simplement rester dans les frontières de la Martinique.

Il est important pour vous de la partager avec nous, dans la Caraïbe, dans la CARICOM à l’AEC et à l’OECS.

La question des catastrophes naturelles, des cyclones chaque année, entre juin et septembre (et maintenant en raison du changement climatique ce phénomène s’étend jusqu'en novembre). Comment pouvons-nous travailler ensemble pour construire une approche régionale face à la réduction des catastrophes naturelles ? Une approche régionale pour développer une stratégie, pour se préparer,
prévenir et faire face aux catastrophes naturelles.

Parce que oui, vous faites partie de l’Europe, mais vous faites également partie de la Caraïbe.

Et quand on regarde la chaîne d’îles, comment pouvons-nous passer d’un saut de puce de Sainte-Lucie ensuite pour aller à la Dominique et passer de la Guadeloupe à Antigues ? Comment pouvons-nous vivre sans nos îles sœurs de Martinique et de la Guadeloupe par rapport à notre environnement régional ?

Donc je dirai que la décision, maintenant, est entre vos mains, de cette Assemblée et du peuple martiniquais.

De notre point de vue, en tant que membres de l’OECS, nous sommes préparés à accepter la Martinique comme notre frère, comme notre sœur, comme un collègue pour qu’elle s’assoie à la table des négociations pour les intérêts mutuels. Nous reconnaissons qu’Anguilla, Montserrat, les Iles Turc et Caïcos, les Bermudes, toutes ces îles font partie de l’architecture du CARICOM et ce sont également des territoires indépendants (sauf les Îles Vierges du Royaume Uni, mais ils font partie de cette architecture).

Et nous avons reconnu qu’il y a des choses que nous pouvons faire ensemble et qui ne nécessitent pas forcément une solution européenne
mais qui requièrent une solution caribéenne pour répondre aux problèmes caribéens. C'est là que nous pouvons nous unir.

Et la question que je voulais poser à tous ceux d’entre vous, pas seulement les Martiniquais, est pourquoi ne pas prendre nos citoyens les plus brillants pour aider l’Afrique, pour qu’ils voyagent en Afrique et qu’ils l’aident ?

Je parle ici de poètes par exemple, qui ont aidé les nations africaines et qui ont essayé de les réunir dans une sorte de monde. Nous devrions le faire aussi, nous, dans la Caraïbe, pour qu’enfin la Martinique et la Guadeloupe deviennent membres de l’OECS et du CARICOM.

Sur le thème de la géothermie, nous avons eu beaucoup de chance d’avoir cette ressource de la géothermie. Mais comme je vous l’ai dit, dans mon propre parlement en Dominique, je l’ai dit publiquement aux citoyens de la Dominique également, la ressource géothermique de la Dominique
doit être partagée avec la population de la Martinique et de la Guadeloupe.

Mais il nous faut nous assurer que le prix final pour le consommateur sera abordable. Il faut également que nous prévoyions une réduction de la facture d’électricité. Et c'est l’engagement que nous tenons. Nous ferons tout ce qui est en notre possible pour travailler avec le gouvernement de la Martinique et du gouvernement français pour nous assurer que lorsque cette énergie atterrira en Martinique et qu’elle approvisionnera les
entreprises et les consommateurs, que nous puissions voir une réduction importante de notre facture d’énergie en Martinique.

Et c'est cela sur lequel nous devons travailler. Mais jusqu'ici, en termes de la ressource et pour le partage avec la Martinique, je peux vous dire que le gouvernement et le peuple de la Dominique soutiennent complètement ce projet. Parce qu’en fait, comme la Dominique, la Martinique dépend largement du carburant importé et nos économies ne peuvent pas continuer à soutenir cette crise de l’énergie fossile. Cela est un obstacle pour le commerce, pour les échanges et beaucoup de familles ont du mal à régler leur facture d’électricité.

Et donc il nous faut nous trouver des moyens créatifs. Il nous faut trouver et forger des partenariats qui créent des bénéfices mutuels et je vois la géothermie comme un domaine important où nous pouvons travailler ensemble pour créer les meilleures qualités de vie pour nos citoyens. C'est pour cela qu’on nous a élus.

Nous cherchons à améliorer la vie de nos concitoyens. Et je pense qu’il nous faut trouver des moyens créatifs, trouver des moyens de répondre aux défis économiques de nos pays pour créer une meilleure qualité de vie pour nos citoyens. Et la Dominique est prête à collaborer à cet effort.

Je voudrais remercier et saluer également la défense de ce projet faite par le Président du Conseil Régional et également Monsieur Victorin LUREL pour son engagement très fort pour nous assister et nous aider à mettre en place un consortium français qui sera impliqué dans le développement et l’importation éventuelle des ressources géothermiques vers la Martinique et la Guadeloupe.

Je voudrais également remercier EDF. Comme vous le savez, nous avons eu des problèmes, mais maintenant nous travaillons beaucoup à trouver un moyen pour qu’EDF participe à ce développement géothermique très important. A l’égard des relations bilatérales entre la Martinique et la
Guadeloupe, nous sommes partenaires depuis un grand nombre de décennies.

J’ai dit au Président que si vous venez en Martinique, vous reconnaîtrez beaucoup de familles en Dominique qui ont des liens biologiques en Martinique et vice-versa. Ils ont parfois les mêmes prénoms, les mêmes noms de familles, ils partagent des grands-parents, etc. Et cela date d’après l’éruption de la Montagne Pelée en Martinique et même avant, lorsque nous avions le régime de Vichy beaucoup de citoyens français ont
trouvé refuge en Dominique.

Donc nous avons ce contact de personnes à personnes depuis plusieurs décennies, même plusieurs siècles. Mais je pense qu’il nous faut trouver de meilleurs moyens de coopérer encore plus. Dans le cas de la Dominique, nous avons des relations avec la Chine, nous avons des relations avec le Royaume du Maroc, avec l’Espagne, avec le Royaume Uni, avec le Viêt-Nam.

Mais nous sommes si proches dans la Caraïbe et nous ne tirons pas partie de cette proximité. Nous ne tirons pas partie des défis que
nous partageons et des contacts qui existent déjà entre les personnes, la population.

Je pense qu’aujourd’hui, c'est un jour très important pour nous en Dominique et pour la relation entre la Martinique et notre pays. Et je pourrais parler de d’autres domaines de coopération possible, mais personnellement, je voudrais exprimer au peuple martiniquais ce que nous pouvons vous apporter, ce que nous aimerions partager aujourd’hui : c'est notre amour profond pour le peuple martiniquais. Et pour vous dire que vous avez un ami en Dominique, qui est prêt à travailler avec vous et à être solidaire avec vous, dans tous les domaines dans lesquels la Dominique peut vous assister.

Et je le dis également au nom de l’OECS et du CARICOM parce que nous apprécions beaucoup le niveau de respect, le niveau d’amour, les liens que nous partageons. Nous apprécions beaucoup l’amour du peuple martiniquais et du peuple dominicain. Et je pense que c'est une opportunité importante que nous devons saisir à ce moment là de notre vie pour forger des relations plus étroites, des relations bilatérales, mais également des relations multilatérales.

Donc je terminerai en réitérant mon premier point concernant le besoin que nous avons de remplir notre mission et de suivre notre destinée et c'est pour résoudre cette anomalie qui existe et qui est l’exclusion de la Martinique de l’environnement caribéen, de la civilisation caribéenne. Je ne suis pas ici pour parler de l’indépendance.

Pas du tout. Ne vous méprenez pas. Je parle de collaboration, de coopération et d’intégration régionale. C'est le message que je voudrais vous faire passer. Et que nos enfants, dans 15 ou 20 ans, apprennent que c'est votre génération, notre génération qui a enfin, pu être à l’avant-garde
pour pouvoir devenir partie prenante dans l’environnement caribéen. Je suis sûr qu’il y aura des discussions de tous les bords politiques pour savoir si nous devons avancer ou rester là où nous en sommes et ne pas faire partie de la civilisation caribéenne.

Mais pour moi, personnellement, en tant que Premier Ministre de la Caraïbe et en tant que membre de l’OECS et
de la CARICOM, je pense qu’il y a beaucoup à apprendre pour nous de la Martinique et de la Guadeloupe et il y également beaucoup à partager avec la Martinique et la Guadeloupe.

Et maintenant, le temps est venu. La décision est entre vos mains et pour nous, nous sommes prêts à accepter l’adhésion de la Martinique. Donc Monsieur le Président, je vais encore vous remercier. Merci pour votre vision et pour votre détermination, parce que, en tant que dirigeants, nous avons été élus pour diriger et pour être à l’avant-garde et pour progresser et pour amener tout le monde avec nous. Ceux qui n’ont pas été persuadés et qui ne sont pas encore persuadés, il faut les faire adhérer à cette idée, à la vision que vous avez pour le peuple martiniquais, la vision que vous avez pour la Caraïbe, de sorte que nous puissions apprendre de cette vision au sein de l’OECS et au sein du CARICOM.

Nous avons le plus grand respect pour le peuple de la Martinique et pour les dirigeants de Martinique. Et je voudrais dire, encore une fois, combien je suis heureux, parce que comme vous le savez, j’ai des réseaux français, donc j’ai des affinités particulières avec le peuple de la Martinique. Je me suis adressé récemment aux chefs d’Etat à Saint-Vincent et j’ai regardé en face de moi et j’ai vu quelque chose d’écrit : il y avait marqué « la Martinique ». La Martinique était présente autour de cette table de tous les chefs d’Etat du CARICOM et de l’OECS. Et j’espère que vous pourrez partager votre propre vision.

Encore une fois, je voudrais vous remercier pour cette expérience d’avoir pu m’adresser à l’Assemblée Régionale de la Martinique et je souhaite beaucoup de succès à la Martinique, beaucoup de réussite et j’espère que tous ensemble, nous pourrons créer une meilleure qualité de vie.
Merci et que Dieu bénisse ce beau pays de la Martinique. Merci.


CARAIBES
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