Sans porte de sortie, nos jeunes se radicalisent de plus en plus

Joris Arnolin 22 février, 12:14 Bonjour à tous,Vivre et faire du cinéma en Martinique était mon rêve d'adolescent. C'est désormais un cauchemar.


Rédigé le Vendredi 1 Mars 2019 à 08:14 |
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Cette année j'ai 39 ans et ça fait 20 ans que je fais de l'Audiovisuel. J'ai réalisé 5 court métrages, des séries humoristiques, des films de prévention, des institutionnels, des pubs, des clips… J'ai aidé à monter 2 Télévisions en France quand internet était encore balbutiant, puis ici il y a quelques années, et j'ai travaillé sur des heures et des heures de programmes comme cadreur ou monteur.


Quand je suis rentré en 2005 après ma formation en Cinéma, j'avais plein de projets en Martinique.

Ne trouvant pas de producteur valable, j'ai monté ma première boite de prod en 2008, produit ou coproduit pas mal de fictions courtes, révélé de jeunes auteurs plutôt talentueux. J'ai commis l'erreur de ne pas me préoccuper de mon "plan de carrière" et de ma réputation, ni de ma visibilité médiatique. J'ai cru que seul le travail comptait.

Depuis 10 ans, je travaille sur un film documentaire pour parler de la jeunesse antillaise, à priori l'une des jeunesse les plus maltraitées du monde. Dévalorisée, discriminée, poussée à l'exil, empoisonnée quand elle n'est pas tout simplement abattue, la jeunesse antillaise me semblait importante et face au manque de soutien des producteurs et diffuseurs locaux, c'est sur mes maigres deniers que j'ai dû produire et réaliser ce film de 52 minutes : "Jénès Débwouya". Alors que je ne suis moi-même pas riche et plus si jeune.

En 2011, j'avais obtenu une subvention de la Région Martinique dont j'ai utilisé la première moitié pour ce film. Martinique 1ère se disait intéressé et j'avais même trouvé un producteur français souhaitant m'aider. Mais il a disparu au contact du nouveau "Syndicat" des Producteurs locaux, de même que Martinique1ère.

En bref, depuis l'avènement de la CTM, les aides déjà obtenues ont été systématiquement payées hors délai, les nouveaux projets présentés systématiquement refusés, et me voilà sujet désormais à une demande de remboursement des "trop perçus" concernant "Jénès Débwouya". Ma rencontre avec l'élue responsable de la Culture n'a abouti qu'à un simulacre de "je ne connais pas le dossier". Idem, depuis l'avènement de l'actuel responsable Cinéma de Tropiques-Atrium et de son désormais ex-président, j'ai été systématiquement écarté des événements culturels et cinématographiques se déroulant en Martinique.

Vivre et faire du cinéma en Martinique était mon rêve d'adolescent. C'est désormais un cauchemar.

Je sais que cela n'intéresse pas grand monde, après tout je suis totalement inconnu du grand public, et il n'y a pas mort d'homme. Je sais que mes détracteurs diront que "je ne suis pas professionnel" alors qu'ils n'ont jamais travaillé, ni même essayé de travailler avec moi.

J'envoie ce poste, malgré la sortie programmée de "Jénès Débwouya", juste afin que les rares personnes qui s'intéressent à mon travail sachent pourquoi Limyè Films n'existera plus en 2020. Et aient un exemple supplémentaire du pourquoi la Martinique se vide de ses forces vives.

J'ai rêvé d'une Martinique libre et décolonisée par le biais de sa culture. Apparemment je me suis lourdement trompé.

Je suis sincèrement désolé pour celles et ceux que j'ai pu décevoir et je souhaite bonne chance aux jeunes de ce pays : "ils sont l'avenir à partir du moment où ils CROIENT qu'ils sont l'avenir" (dixit l'un de mes intervenants).

An chay Fos' épi Lanmou ;)

#LaCTMmaTuer #ProduireEnTerritoireColonisé #merciSPICAM #MerciAUTREAM #JénèsDébwouya


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