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LE TI DIKO ILLUSTRE: PLUS LOIN AVEC L'EDITEUR




Le Ti diko illustré (nouveauté)est paru aux éditions Desnel, de Jude Duranty & Max Rippon -illustrations de Choko .An kréyòl épi fransé


Nous avons rencontré l'éditeur, JBD qui nous livre sa réflexion sur la question du krèyol et du livre.

Le Naïf : Les langues régionales vont avoir enfin leur place dans la Constitution française… Jean-Benoît Desnel, quel est votre avis sur la question en tant qu’éditeur ?

JBD :Le monde sera de plus en plus plurilingue. Connaître plusieurs langues constitue des atouts indéniables. Parler et écrire la langue officielle de son pays, une langue régionale, une ou deux langues étrangères, sera sans aucun doute l’avenir des citoyens de notre siècle. Le petit dictionnaire de la mer illustré TI DIKO se veut une « contribution à la défense et illustration de la langue créole ». En d’autres temps, une dizaine d’années après l’ordonnance de Villers-Cotterêts pour la naissance du « françois » sous François Ier, Joachim du Bellay, en 1549, écrivit le manifeste littéraire La Deffence et Illustration de la Langue Francoyse (sic dans l’orthographe originale) : le TI DIKO vient fixer un premier acte de la démarche éditoriale de notre maison d’édition pour une orientation de sa production en littérature jeunesse. Notre combat pour la promotion du créole, de notre culture et de l’imaginaire créole en littérature jeunesse est pour nous, éditeur de cette France ultramarine, un des éléments de promotion de notre culture, qui revêt toute son importance désormais. Je dis assez souvent que cette quête de l’universel de notre société contemporaine, appliquée à la littérature jeune public, est à doser avec prudence ! Normaliser et organiser l’apprentissage et l’emploi de la langue créole est au cœur des enjeux économiques de ce segment du livre chez nous… L’enjeu est salutaire pour une maison d’édition comme la nôtre. Cultiver et posséder des racines ne doit pas nous empêcher d’avoir des ailes pour conquérir un plus grand nombre de lecteurs jeune public, autre que ceux de nos régions ; il convient donc de préserver nos particularismes.


b[Le Naïf :Cet amendement est-il un premier pas vers l'adoption de la charte européenne sur les langues minoritaires ?
JBD
:]bCe gouvernement de la Cinquième République, au moment de la révision constitutionnelle, a pris l’engagement d’organiser un débat sur les langues régionales en France, qui en effet a depuis longtemps suscité réflexion, et parfois matière à controverse, car on se demande quelle place les langues régionales devraient occuper dans la vie culturelle de notre société.
Si l’on retient la position des linguistes, on peut être pour l’appellation « langues de France » qui désigne l’ensemble de toutes ces langues parlées depuis plusieurs générations par des citoyens sur le territoire de la République. Les langues régionales ont le privilège d'avoir, depuis plusieurs siècles, une assise territoriale, à l’exemple du créole, qui fait partie intégrante de l'histoire et de la géographie de notre pays. Avec le français, elles sont notre bien commun, et un des éléments de la richesse de notre région, avec également des vestiges des langues amérindiennes qui sont plus anciennes que le créole. Leur diversité est le miroir de cette France plurielle.

Le Naïf : Le créole est-il menacé à votre avis ?
JBD :
Ce patrimoine immatériel, la langue créole, cette force vivante d’un peuple, j’ai peine à croire qu’elle puisse être menacée. Et pourtant… L’effort s’impose… L’appel est pour tous, pour la sauvegarde et la valorisation du créole ; c'est le rôle des pouvoirs publics que de les conduire, mais aussi celui des éditeurs. Il appartient à tous de décider de les poursuivre. C’est le rôle de l'enseignement, des médias, des actions culturelles. Concernant le créole — dont la transmission n'est quasiment plus assurée sur le mode traditionnel par la famille et l’environnement du quotidien dans le cas des plus jeunes des grands espaces urbains — il s'agit là en effet d’optimiser les principaux vecteurs de vitalité offrant les meilleures garanties d'avenir pour des référents et de potentiels acheteurs de livres en langue créole pour demain.


Le Naïf : Que pourra éventuellement faire le livre ?
JBD :
Le livre reste bien à coup sûr le premier support de diffusion culturelle, donc de la langue… En aidant à l'édition de livres dans les langues régionales, pour une publication de qualité, et à la traduction, le Ministère contribue à faire connaître des littératures méconnues et à rendre disponibles des œuvres majeures du patrimoine littéraire créole ou autres. Le spectacle vivant comme le théâtre, les marionnettes et les Yé krik yé krak des Kaz a Kont sont également un mode d’expression privilégié pouvant aider la langue dans l’oralité et aussi à l’écrit, donc en étant relayés par le livre. Il y a aussi, j’allais l’oublier, la chanson ! La tâche est rude. Aux talents de se libérer pour le fondòk du créole…

ITW par Camille CHAUVET




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