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La pensée du jour par Nicole CAGE: Ni dé moman kon sa...




Comme dirait papa : « Ni dé moman kon sa an lavi-a ! Fo’w pwan’y kon i ka vini-a ! » Sagesse paternelle mille fois éprouvée, vérifiée… Aujourd’hui, quatre jours après le drame, je n’ai pas d’autre choix que de « le prendre », le vivre, le traverser.


NICOLE CAGE·JEUDI 13 OCTOBRE 2016

Depuis ce lundi, pas un jour où je ne sois secouée par les sanglots. Pas d’autre choix que celui d’admettre que le départ brutal de cette petite, et toute la violence verbale qui a suivi son geste ont ouvert en moi une faille dont je mesure heure après heure la profondeur.
J’ai mal à mon pays ! J’ai mal à sa jeunesse ! J’ai mal à son passé, mal à son présent, mal à son devenir ! J’ai mal, anmwé !
J’ai mal de tant aimer ce pays-mien. Aimer, c’est aussi (pas seulement, et c’est heureux) s’exposer à la douleur du désenchantement.

Ainsi que je l’écrivais dans un exposé, je crois que chaque histoire singulière, particulière, intime, parle aussi du pays et de son histoire. Effet-miroir… Car le pays et son histoire induisent tout autant nos « mès » les plus intimes comme les plus socialisés.

Redire que j’ai fait vœu d’être… (…) Cette voix qui, disant le « Je », mon-mien « Je », entend naïvement sans doute amener doucement plus d’une, plus d’un, à écouter la voix de son propre « Je ». Cette voix qui croit, naïvement sans doute, que la somme des « Je » exhumés des tréfonds de la séculaire culpabilisation, de la pudeur ou de l’hypocrisie -au choix !- érigées en vertu, que tous ces « Je » désormais exposés à la lumière crue de la transparence, désormais conscients d’eux-mêmes, sans ostentation, sans illusion mais aussi sans culpabilité, sans auto-flagellation, sauront convoquer une conscience du « Nous », l’émergence d’un « Nous » assaini et plus généreux… Hugo ne disait-il pas « Quand je vous parle de moi, je parle de vous » ?
Avoir alors le courage d’avouer que la douleur du pays se confond avec la mienne et me renvoie violemment à mon « passif ». La rumeur a plus d’une fois failli me tuer… La rumeur… et tant d’autres choses encore…

Mais je suis vivante et heureuse de l’être. Je le dois d’abord à moi-même, à l’âme de djérièz-mawonèz que je me suis forgée à travers les méandres de mon parcours. Je le dois à ma famille, ma « tribu des Cage et consort » ainsi que je l’appelle…

Je le dois à la foultitude d’amies et d’amis que la vie m’a donnés…
Je le dois à la puissance de l’amour, l’amour auquel j’ai fait le choix obstiné de donner, toujours, la première place…
Je le dois à la force de la nature de ma terre qui est une formidable métaphore de la résilience…
Je le dois à l’écriture…
Je le dois aux merveilleux thérapeutes qui m’ont accompagnée et à la vie qui m’a fait croiser leur chemin…
Je le dois à ma foi têtue en l’humain, persuadée que je suis que la lumière du cœur et de l’âme auront le dernier mot…
Je le dois à la Vie…

Alors, oui, accepter qu’il y a « dé moman kon sa an lavi-a » … Ne pas être dans le déni… S’asseoir en face de sa douleur, et lui dire : « Parle-moi… » Lui donner la parole sans tenter de lui faire entendre raison… Danser avec elle… Respirer avec elle… Sourire doucement à travers les larmes… Se faire à soi-même l’offrande d’une douceur (un carré de chocolat noir ? une musique chavirante ? quelques mots ou des dessins jetés sur du papier ? un câlin “en conscience”? ...).

Oui, chaque jour, se dire « Oui » à soi-même… Chaque jour, redire « Oui » à la Vie… Chaque jour… renouveler son engagement à honorer la Vie… et soi avec…

© Nicole Cage,
Fort-de-France, le 13 octobre 2016

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