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PROCES ZEMMOUR VU PAR LE JOURNAL MARIANNE


Rédigé le Vendredi 14 Janvier 2011 à 09:47 |

LU POUR VOUS : Ils étaient tous là. Ce mardi, à la 17e chambre correctionnelle du Tribunal de Paris, il y avait foule. Les journalistes évidemment, le prévenu Eric Zemmour bien sûr mais aussi les associations anti-racistes : Sos Racisme, Licra, Mrap, UEJF. Toutes ont porté plainte contre le chroniqueur pour deux de ses interventions télévisées datant du 6 mars.


PROCES ZEMMOUR VU PAR LE JOURNAL MARIANNE
D’une part, la fameuse émission « Salut les Terriens » présentée par Ardisson où Zemmour avait dit que « les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes... C’est un fait ». Zemmour est accusé de « diffamation à caractère raciale » pour ces paroles.
D’autre part, il a tenu des propos ayant fait moins de bruit et tenus sur France Ô, répondant « C’est leur droit » à un intervenant qui dénonçait les employeurs demandant aux agences d’intérim de ne pas leur envoyer des personnes noires ou d’origine maghrébine. Ce qui vaut à Zemmour une accusation de « provocation à la discrimination ».

Le prévenu avait une première ligne de défense. La sur-représentation des Noirs et des Arabes dans la délinquance est un fait, il ne fait que le constater. On lui répondra que les statistiques ethniques sont illégales en France. Oui, mais les études sur les populations d’origine étrangères ou non-catholiques sont légion.

L’Insee, par exemple, se base sur la nationalité des parents pour étudier le poids des discriminations à l’emploi. Sans compter les journalistes qui rappellent la nationalité ou les origines des suspects dans tel ou tel crime ou délit, même quand cela n'a rien à voir avec les faits incriminés.
Chevènement en défense

Eric Zemmour a donc choisi le registre de la raison, tentant de s'élever par rapport à une image médiatique forcément simplifiée à l'excès. « Je ne suis pas un provocateur », a-t-il lancé à la barre. Il en a profité pour rappeler son métier de base : « Décrire une réalité, c’est cela la fonction de journaliste » ajoutant que ses propos « sont brutaux mais la réalité est brutale ». Le chroniqueur a également dénoncé le « catéchisme bien-pensant » qui veut « dire que les seules causes de la délinquance sont économiques et sociales ».

Pour lui, on oublie notamment de citer le rôle des « structures familiales ». Dominique Sopo, président de Sos Racisme, lui répondra un peu tard que « la famille, c’est du social ».

De son côté, comme l'a révélé Rue89, la défense d'Eric Zemmour a produit une lettre de soutien de Jean-Pierre Chevènement dans laquelle ce dernier confirme la réalité du constat qui vaut l'assignation du prévenu : « Il suffit, comme j'ai eu l'occasion de le faire de consulter les listings de la Direction centrale de la Sécurité publique du ministère de l'intérieur, pour constater que plus de 50% des infractions constatées étaient imputables à des jeunes dont le patronyme est de consonance africaine ou maghrébine. »

Mais le reste de l’argumentation de Zemmour dévoile une faille dans le discours anti-raciste. Citant notamment la glorisation de l’équipe de France 1998 « Black, Blanc, Beur », il a affirmé que « pendant 30 ans, on a sacralisé la différence et maintenant on ressort l’universalisme républicain ». Le prévenu a alors mis les anti-racistes face à leurs dilemmes : « Soit on prend le modèle américain avec le communautarisme et les statistiques ethniques, soit on ne dit plus que Zidane est Kabyle et que Thuram est Guadeloupéen ».

Et il a cogné dur : « Idéologiquement, ces gens-là sont malhonnêtes ». Le camp d'en face a dû apprécier. Poursuivant sa contre-attaque, Eric Zemmour a estimé que « l’anti-racisme est le cache-sexe de la soumission de la gauche au marché, à la mondialisation libérale ». « J’ai rompu avec la gauche à cause de Sos Racisme (…) l’universalisme républicain, ils l’ont foulé au pied avec le droit à la différence ». Le chroniqueur au Figaro magazine a dit lui venir « d’une gauche laïcarde et républicaine qui refuse le différentialisme ». Au final, Zemmour a opté pour un discours politique général plutôt que de débattre sur la qualification pénale de ses propos.
Défaillant sur la forme

Son avocat, Me Oliver Prado, a tenté ensuite de recentrer la discussion. Revenant sur le débat diffusé sur France Ô, il a demandé à son client : « A compétence égale, comprenez vous que ce soit sur des critères raciaux qu’un patron fasse son choix ? ». « Je comprends que ce soit interdit mais cela n’est pas le débat », a répondu Eric Zemmour. Où est le débat alors ? Pour le chroniqueur, « ce n’est pas la discrimination qui retarde l’intégration mais le retard de l’intégration qui crée de la discrimination » pointant le déclin de la tryptique « insertion, intégration, assimilation ».

Que l'on soit d'accord ou pas avec les réponses de Zemmour, il a au moins le mérite de soulever le tapis pour en extraire les non-dits et les sous-entendus du débat sur les questions d'immigration et d'intégration. Ouvrant ainsi un débat de fond que l’on aurait aimé entendre plus souvent sur les multiples antennes où il intervient. Mais dans ces talks-shows justement, difficile d’aligner plus de trois phrases sans être coupé par un chanteur en promotion ou une page de pub.

La parole y est alors forcément plus frustre, voire déformée. Déja contesté sur le fond, Zemmour risque d'aggraver son cas sur la forme. Il a d’ailleurs avoué à la barre qu’il n’avait pas de « rigueur scientifique » et qu’il faisait un travail de « vulgarisation ».
Dominique Sopo, a lui jugé qu’Eric Zemmour « n’aime pas les débats, il ne joue pas l’avocat du diable, il clôt les débats ». Le militant s’est alors pris à l’image médiatique du chroniqueur le décrivant comme « totalement partie prenante de cet establishment et des élites qu’il critique ».

De son côté, Alain Jakubowicz, président de la Licra, a pointé l'impact des propos de Zemmour sur le téléspectateur « : Il n'y a pas de débat sémantique, il y a compréhension directe ».
Le paradoxe de Zemmour

Ici réside tout le paradoxe Zemmour. Qui se présente comme le chantre du politiquement incorrect en s’installant dans un paysage médiatique gangréné par le politiquement correct. Il veut bousculer les sujets tabous dans des talks-shows où la pensée pré-machée et aseptisée est de mise. Il se revendique de sa qualité de journaliste mais participe à des émissions qui font tout sauf de l'information.

Les plateaux de Ruquier ou d’Ardisson ne sont pas toujours des endroits où on peut mener des débats sereins voire des débats tout court. Tout est fait pour aller vite, choquer pour choquer.

Eric Zemmour, à l'audience, a d'ailleurs déploré le montage fait pour l'émission d'Ardisson - qui à l'époque avait affirmé porté plainte contre lui - et notamment la mention : « Immigration : Zemmour dérape » en bas de l'écran. Le risque, c’est qu’il finisse par s’enfermer dans son image de provocateur médiatique voire de réac' de service. Pourtant, on peut espérer pour lui que son ambition intellectuelle va plus loin que débattre d'immigration avec le comique Ramzy ou de culture avec Mickael Youn.
La suite des débats jeudi 13 et vendredi 14 janvier



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