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REGARDONS LA PROSTITUTION TELLE QU'ELLE EST? Par Jarod Barry


Rédigé le Vendredi 16 Décembre 2011 à 13:38 |

Rédaction du Naïf : Les Terres Sainville sont-ils un lieu d'exploits libertins ou espace de relations sexuelles tarifés ?Certains de nos élus peuvent-ils s'y rendre sans rIsque avec cette affaire DSK ? En tout cas si nos journalistes ,ceux qui mettent en avant leur carte de presse pour les "opérations cinémas" se décidaient de faire une bonne enquête sur cette activité bien lucrative... on y trouverait autant de journaliste que d'hommes politiques.Cet article explique...


REGARDONS LA PROSTITUTION TELLE QU'ELLE EST? Par Jarod Barry
Quelle femme resterait dans la prostitution à salaire égal ? Aucune. Ce n’est pas donc en termes de droit à faire commerce de son corps qu’il faut chercher à adopter une position mais en termes de violence légalisée. Non pas en termes de droit des clients mais en termes de devoir envers les prostituées. Brillant par leur absence de tous les débats depuis toujours, les clients de la prostitution sont aujourd’hui sous les feux des projecteurs grâce aux récentes «révélations» de Claude Guéant sur DSK.

A cette occasion, les attaques verbales fusent, alors que les arguments font défaut: il est parfaitement autorisé en France de recourir à des prostituées, pourvu qu’elles soient majeures. Seuls les faits commis au Carlton de Lille pourraient être reprochés à DSK, mais la présomption d’innocence commande de le considérer innocent face aux possibles accusations de complicité de proxénétisme et recel d’abus de biens, ces faits n’étant à ce jour pas avérés.
Par ailleurs, sa participation habituelle aux soirées libertines n’est plus un secret, et est matière à railleries, alors que le libertinage n’est pas un délit. Ainsi, juridiquement aujourd’hui rien ne peut lui être reproché. Mais bizarrement, les attaques dont il est l’objet semblent plus fortes que l’application du code pénal. Parce que ce n’est pas en sa qualité de citoyen qu’il est attaqué, mais en sa qualité d’homme.

La prostitution n'est pas le libertinage

Un Etat de droit se doit d’être éthiquement neutre, c’est pourquoi le libertinage comme la prostitution sont inattaquables sur le terrain de la morale. Il en est de même de tous les comportements sexuels imaginables, pourvu qu’ils n’atteignent pas aux droits et libertés d’autrui. Mais s’il est tout à fait justifié de ne pas remettre en cause le libertinage au titre de la liberté sexuelle, s’en tenir au même fondement juridique pour justifier la prostitution serait non seulement faux mais montrerait une indifférence profonde, voire une complicité passive face à ce qui est nécessaire de nommer une violence faite aux femmes. La prostitution est une violence faite aux femmes. Et doit être abolie.

La prostitution est vieille comme le monde et se renouvelle. De l’escorting aux sex tours, en passant par la prostitution estudiantine, elle est même devenue une cause défendue par certains et certaines, au nom de libertés qui sont devenues leur prison, et même pas dorée. La permission de la prostitution prend l’habit de la libération des mœurs alors qu’elle n’est que synonyme de misère et violence.
Au-delà de la lutte contre le proxénétisme, évidemment nécessaire, à maintenir et à développer, c’est le phénomène prostitutionnel en tant que tel dont il est temps de débattre.
Les hommes ont toujours justifié la prostitution par les faits d’un «mal nécessaire», d’un «rempart contre le viol», d’un remède à la misère sexuelle d’une certaine catégorie d’hommes et de son statut de «plus vieux métier du monde».

En somme, la prostitution existe parce qu’elle est d’utilité publique.

«Utilité publique», vraiment?

Et depuis la nuit des temps, c’est en ces termes que les possesseurs de pouvoir donnent à voir la chose, selon un paradigme mettant le corps des femmes au service des hommes, que les petits et grands sont éduqués, et c’est sur ce modèle hautement philosophique que notre société (qui n’est pas la seule) s’est construite.

Pourtant, les séquelles physiques et psychologiques dues à la soumission à des actes sexuels répétés et non désirés que connaissent les personnes qui se prostituent ou qui se sont prostituées sont aujourd’hui connues, mais apparemment ignorées.
Il s’agit d’une violence faite aux personnes, qui entrent dans le cadre des conséquences psychotraumatiques, (conséquences reconnues par la communauté scientifique médicale internationale comme pathognomonique c'est-à-dire comme une preuve médicale de l’existence d’un traumatisme).

Rien de moins que ce que ressentent les victimes de viols. Les prostituées opèrent une dissociation mentale, une «décorporalisation», comme une anesthésie corporelle, et connaissent ainsi par exemple, des seuils très élevés de résistance à la douleur. Et ce n’est qu’un exemple de moyen de défense développé par le corps et l’esprit.

Des souffrances que l'on retrouve chez les personnes torturées
C’est, entre autres, ce qui différencie fondamentalement le «métier» de prostituée d’autres métiers réputés difficiles. L’atteinte à l’intégrité du corps (problèmes immunitaires, troubles cutanées, problèmes gynécologiques et dermatologiques) et de l’esprit (60% à 80% des personnes prostituées souffrent de troubles psychotraumatiques sévères, chiffre semblable aux personnes ayant subi des actes de tortures et aux prisonniers politiques selon le rapport d’information d’avril 2011 précité) est flagrante et ne peut plus être niée en matière de prostitution.

Parmi les pays européens, certains sont abolitionnistes comme la Suède ou la Norvège, d’autres règlementaristes comme les Pays-Bas ou l’Allemagne.
Les Pays-Bas, qui ont choisi en 2000 de règlementer la prostitution, pour disent-ils, accroître et faciliter la surveillance de ce milieu, sont forcés de constater que les chiffres de la traite des êtres humains ont largement augmenté; de plus, un rapport du gouvernement norvégien de 2004, comparant les politiques suédoise et néerlandaise (ministère norvégien de la Justice et de l’Intérieur, Purchasing Sexual Services in Sweden and the Netherlands. Legal Regulation and Experiences, 2004) montre que la légalisation n’a pas empêché le proxénétisme au sein même du secteur légal de la prostitution, et un secteur illégal a même fait son apparition, deux données plus parlantes encore sur l’inefficacité relative de la légalisation.

L'échec hollandais

Un projet de loi a donc été présenté en décembre 2009, poursuivant le but de politique générale de décorrélation entre le proxénétisme et la prostitution, et qui propose, en désespoir de cause, de punir les clients de la traite (avec un système de certificat affiché sur la vitrine de la prostituée). Par ailleurs, le rapport d’information de la commission des lois publié le 11 avril 2011 et préalable à la Résolution débattue le 6 décembre devant l’Assemblée nationale, explique: «Cette conviction de l’inéluctabilité de la prostitution est si fortement ancrée dans les esprits que Mme Corinne Dettmeijer-Vermeulen, rapporteure nationale sur la traite des êtres humains, a vanté les mérites du modèle néerlandais en matière de lutte contre la traite en indiquant qu’il y avait eu près de 900 affaires de traite depuis 2000, contre environ 50 constatées en Suède, attribuant cette différence à l’efficacité de la politique néerlandaise en la matière.

Jamais n’a été évoquée l’idée que la réglementation de la prostitution pouvait constituer un encouragement à la prostitution et à la traite des êtres humains, dans un pays qui compterait pourtant dix fois plus de personnes prostituées que la Suède, pour une population deux fois supérieure.»
Enfin, les incohérences telles que celle portant sur le «Pôle emploi» hollandais, qui ne peut pas proposer d’emploi équivalent car «pas considérés comme appropriés», ou encore l’impossibilité de suivre une formation professionnelle en la matière, prouvent que malgré toute la «bonne» volonté du monde à faire de la prostitution un métier comme un autre, cela ne fonctionne pas.

La réussite suédoise

L’exemple hollandais est aussi parlant par l’échec que la Suède l’est par la réussite. En effet, la prostitution, analysée en violence faite aux femmes, y est interdite (incrimination des clients et des proxénètes, mais pas des prostituées, considérées comme des parties faibles) depuis une loi extra territoriale de 1999.
Un rapport suédois mené par le ministère de la Justice entre 2008 et 2010 sur l’évaluation de la pénalisation de la prostitution, confirme l’efficacité de la loi à plusieurs plans.
D’après le rapport, le nombre de prostituées de rue a diminué de moitié en dix ans, quand le chiffre des pays voisins (Danemark ou Norvège) a triplé. Le proxénétisme semble renoncer à s’installer en Suède au bénéfice de destinations plus «rentables», et pour l’année 2008, la demande d’achats de services sexuels a presque diminué de moitié, passant de 13,6% à 7,8% parmi les hommes suédois. Au surplus, son taux de viols est stable (ni hausse ni baisse depuis la loi).

Le rapport montre aussi que la loi a contribué à faire évoluer les esprits, à faire prendre conscience aux clients (qui, comme en France, ne sont pas des hommes en détresse affective ou sexuelle, mais en grande majorité des hommes «normaux», ordinaires souvent en couple et pères), grâce notamment à une grande campagne de sensibilisation à l’interdiction nouvelle comme à ses conséquences pénales, et surtout à l’analyse de base qui fonde l’interdiction: la prostitution est une violence.
Le secret de la réussite de la Suède réside dans la mise en place de moyens financiers colossaux pour faire appliquer la loi et pour financer le volet social.
L’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a, quant à elle, adopté le 4 octobre 2007 une résolution sur la prostitution «volontaire». Elle recommande une approche «pragmatique» face à l’inéluctabilité de la prostitution.

Le texte est fondé sur l’approche règlementariste (le rapporteur est hollandais), au point de ne citer que les pays prohibitionnistes et abolitionnistes concernant la prostitution clandestine, cachée, cherchant à montrer que l’absence de règlementarisme en est la cause.
Certaines formules, si candides, feraient sourire si elles ne touchaient pas un problème si grave («… en veillant à ce que les prostitué(e)s aient accès à des pratiques sexuelles sans danger et bénéficient de l’indépendance suffisante pour les imposer à leurs clients»); le cas de la Suède est évidemment mentionné, mais juste mentionné. Le rapport de la commission reste théorique, naïvement subjectif, et part perdant en niant le débat de fond. A l’instar des Pays-Bas.

Ce que peut faire la France

Il ne peut y avoir de prostitution volontaire, comme métier, comme ambition professionnelle, mais qu’une situation de prostitution par défaut.
Défaut d’amour, d’argent, d’ambition, d’estime de soi… Le lien entre prostitution et carences dans l’enfance (maltraitance, abandon, violences, abus…) n’est plus à prouver. Quelle femme resterait dans la prostitution à salaire égal? Aucune. Ce n’est pas donc en termes de droit à faire commerce de son corps qu’il faut chercher à adopter une position mais en termes de violence légalisée. Non pas en termes de droit des clients mais en termes de devoir envers les prostituées.
La France est aujourd’hui face à un choix:
• Soit elle opère un revirement de sa position abolitionniste pour suivre l’exemple hollandais, réglemente la prostitution et ouvre la porte à un proxénétisme décomplexé. Elle cherchera en vain à justifier qu’un proxénète légalisé vaut mieux qu’un proxénète illégal. Mais cette solution paraît heureusement peu probable au vu de la teneur et la coloration abolitionniste du rapport d’information précité.
• Soit elle demeure le pays abolitionniste tel que conçu en 1946, et dans cet immobilisme qui ressemble plus à un refus de choix qu’à un choix, puisqu’à la fois elle tolère la prostitution et les clients, mais empêche ce système prostitutionnel de fonctionner en interdisant le racolage; puisqu’elle dit lutter contre le proxénétisme mais refuse de s’attaquer à sa matière première qu’est la prostitution; enfin, puisqu’elle ignore purement et simplement un pan entier de ses principes juridiques au nom de la protection d’un seul, la liberté individuelle, ainsi que les conclusions médicales qui montrent les prostituées en situation d’immense détresse physique et psychologique.
Car même s’il ne suffit pas d’interdire une pratique pour la voir totalement disparaître, il ne faut pas espérer qu’elle puisse disparaître sans commencer par l’interdire.
Elle permet l’existence d’un marché où l’offre revient à être illicite (par l’interdiction des moyens de se faire connaître) mais pas la demande, sans le justifier socialement, ni philosophiquement, autrement que par un renoncement au débat de fond qui devrait être à l’origine de toute décision politique. Non, la France ne doit pas rester dans cet immobilisme incohérent.
• Soit enfin, la France fait face à ses responsabilités de pays leader de la protection de la personne, de la dignité humaine, de la liberté sexuelle, protectrice du consentement contractuel quand il est donné librement, et reconnaît que la prostitution en tant que telle est avant tout une violence faite aux femmes; et, tout en restant dans la logique abolitionniste, se donne réellement les moyens de lutter contre la traite des êtres humains comme elle s’y est engagée en 1960, en pénalisant les clients de la prostitution, en encourageant la sortie de la prostitution par la mise en place de mesures, forcément provisoires mais réelles, concrètes et crédibles, en expliquant aux adolescents et aux adultes que la prostitution est une violence faite aux femmes, prouvée médicalement, qui s’assimile à une succession de viols, en menant une campagne de sensibilisation suffisamment expressive pour toucher tous les publics concernés (à savoir et avant tout l’homme «ordinaire»), parce que «la prostitution personnelle et privée ne relève que de la conscience et n’est pas un délit» (Convention internationale des Nations unies pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui du 2 décembre 1949), elle ne doit pas être punie, mais le système doit faire basculer la charge du risque, de la prostituée vers le client.

Les Pays-Bas qui semblent enlisés dans leur loi, enfermés dans cette légalisation, ne plus pouvoir reculer, auront au moins montré le chemin à ne pas emprunter.
La France, elle, peut encore choisir la voie de la démocratie et de l’égalité. Elle en a les moyens. En aura-t-elle le courage?

Jarod Barry





1.Posté par PAINDOUX le 20/12/2011 05:02
Très bonne analyse à laquelle j'adhère. Cependant, je me demande où est l'intérêt de montrer cette photo ?

2.Posté par moua le 20/12/2011 12:19
Ce qui suit est une veritable pwofytassion mondiale...bien loin du cul de ces filles et des yaopurth a bh....

Objet : a savoir




Greg Page, l’homme qui contrôle l’alimentation de la planète...

Image supprimée par l'expéditeur. cargill.jpgIl a 59 ans et il n’accorde jamais d’entretien. Il est à peu près certain que son nom ainsi que celui de sa société ne vous disent absolument rien. Mais c’est entre ses mains que passe la plus grande partie des aliments que vous êtes capables d’imaginer. Cargill est une des quatre sociétés qui contrôlent 70 % du commerce mondial des denrées alimentaires. Alors que le monde affronte la plus grande crise alimentaire que l’on ait connue depuis des décennies, eux ils font leur chiffre d’affaires « en lisant les marchés ». C’est comme ça que ça marche.

Vous ne le savez pas, mais le toast de votre petit déjeuner est une marchandise qui a bien plus de valeur que le pétrole. La farine avec laquelle il est fabriqué a un nom : Cargill. Ça vous dit quelque chose ? Eh bien, Cargill est aussi le nom de la matière grasse qui recouvre votre toast et du glucose qui entre dans la marmelade qui lui donne sa douceur. Cargill est l’aliment qui a engraissé la vache laitière et la poule qui a pondu les œufs frits sur votre la poêle, Cargill est le grain de café et la fève de cacao, la fibre des biscuits et la boisson à base de soja. Et le sucre des sodas, et la viande des hamburgers, et la semoule des vermicelles ? Et aussi le maïs des chips mexicaines, et le tournesol de l’huile, et le phosphate des engrais… Et que me dites-vous du biocarburant de votre automobile, cet amidon que les compagnies pétrolières ont raffiné pour le transformer en éthanol et le mélanger à de l’essence ? Devinez.

Non, ne cherchez ni marque ni étiquette ; vous ne les trouverez pas. Cargill traverse l’histoire sur la pointe des pieds. Comment se peut-il qu’une entreprise fondée en 1865, qui compte 131.000 salariés répartis dans 67 pays, avec un chiffre d’affaires annuel de 120 milliards de dollars, soit 4 fois plus que celui de Coca-Cola et 5 fois celui de McDonald’s, soit si peu connue ?
Comment expliquer qu’une société tellement gigantesque que son chiffre d’affaires dépasse le revenu national du Koweït du Pérou et de 80 autres pays, soit passée tellement inaperçue jusqu’à ce jour ?

En partie parce que c’est une entreprise familiale. Oui, ses bilans laissent pantois, mais Cargill n’est pas cotée en Bourse et n’est pas obligée de rendre des comptes. Ses actionnaires sont un essaim d’arrières petits fils de ses fondateurs, les frères William et Samuel Cargill, des paysans de l’Iowa qui bâtirent un empire au XIXº siècle, grâce à un élévateur à grains adossé à une voie de chemin de fer, dans une bourgade de la Prairie de l’Iowa qui n’était même pas mentionnée sur les cartes. Plus tard, un beau-frère — John MacMillan — allait prendre les rênes. Durant des décennies, les Cargill et les MacMillan ont accumulé des silos, des moulins, des mines de sel, des abattoirs et une flottille de cargos. Aujourd’hui, environ 80 descendants de ces pères fondateurs se partagent les dividendes et jouent au golf. On n’en sait guère plus à leur sujet, sauf que les mâles portent le kilt écossais dans les fêtes pour faire honneur à leurs ancêtres. Et que 7 d’entre eux siègent au Conseil d’administration et figurent sur la liste Forbes des héritiers les plus riches de la planète, avec des fortunes qui tournent autour de 7 milliards de dollars par tête. Le président de la compagnie est Greg Page, un type flegmatique qui se plaît à dire avec un certain humour que Cargill se consacre à « la commercialisation de la photosynthèse ».

Mais les temps ne sont pas à la plaisanterie. Les prix des denrées de base ont flambé depuis un an. Le blé : plus 84 % ; le maïs : plus 63 % ; le riz : presque plus 10 %. Ce sont les trois céréales qui nourrissent l’humanité. Leurs prix ont atteint des sommets, prévient L’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO) ; ils dépassent ceux de 2008 qui avaient provoqué des révoltes dans 40 pays et qui avaient condamné à la famine 130 millions de personnes. Et les prix vont continuer à monter, prévient le Financial Times. « Le coût des céréales est déterminant pour la sécurité alimentaire parce que les céréales sont la matière première de référence dans les pays pauvres. Si les prix continuent à grimper, il y aura encore plus de soulèvements. »

Les raisons sont multiples : un cocktail fait de sécheresses, de mauvaises récoltes et de spéculation. Mais les gagnants sont un tout petit nombre. Et parmi ceux-là, on trouve les sociétés mastodontes qui contrôlent le commerce mondial des céréales. Cargill a multiplé par trois ses bénéfices au cours du dernier semestre et ils dépassent les 4 milliards de dollars, précédent record atteint en 2008 suite aux bouleversements de la crise alimentaire. La société avait parié que la sécheresse survenue en Russie, un des grands producteurs mondiaux, obligerait Vladimir Poutine à interdire les exportations de grains pour assurer la consommation intérieure nationale. Et elle a gagné son pari. « Nous avons fait un bon travail en lisant les marchés et nous avons réagi vite », a expliqué un porte-parole de Cargill. En quoi consiste cette réaction ? Essentiellement, il s’agit de jouer au Monopoly en achetant des récoltes entières sur le marché à terme avant même que ne soit semée la moindre graine. Il suffit ensuite de les revendre de place en place, sur toute la planète, là où c’est le plus rentable.

Les grandes compagnies céréalières fondent leur pouvoir sur le contrôle des réseaux de distribution. Silos, entrepôts, élévateurs de grains stratégiquement implantés sur les réseaux ferroviaires, flottes marchandes transocéaniques… Elles ne possèdent pas la terre. Elles préfèrent laisser aux agriculteurs le risque de perdre leurs récoltes. S’il y a surproduction, les compagnies font des réserves et attendent. Si un désastre climatique survient et ruine les récoltes quelque part dans le monde, elles ont les moyens de transporter les excédents depuis d’autres lieux, aussi éloignés soient-ils.

C’est un jeu risqué. La Russie, par exemple, approvisionnait l’Égypte et d’autres pays arabes. Cargill a vu venir, avant les autres, la rupture dans les approvisionnements — ce n’est pas pour rien que la compagnie possède un service de renseignement que l’on a comparé à celui de la CIA… Elle utilise des satellites de communication, des analystes du climat et toute une armée d’informateurs et de « taupes » au sein même des gouvernements — et Cargill a pris de vitesse ses concurrents : ces compagnies tout aussi étatsuniennes qu’elle que sont Archer Daniels Midland (ADM) et Bunge, et la française Louis Dreyfus. À elles quatre, ces firmes, toutes centenaires, familiales et très fermées — contrôlent environ 70 % du commerce mondial des denrées alimentaires. Donc Cargill accapara du blé auprès d’autres producteurs pour le stoker dans les ports d’Afrique du Nord et serra les boulons question prix. Affaire juteuse… sauf que le prix du pain explosa dans tout le Maghreb et que le spectre de la famine est venu s’additionner à la revendication de liberté. La mèche de la révolution était en place et Facebook n’avait plus qu’à y mettre le feu.

Pour l’éteindre, certains pays arabes ont augmenté leurs importations de blé ; par exemple l’Algérie et l’Arabie Saoudite. Exemple suivi par d’autres gouvernements, comme le Mexique, échaudé par la toute récente crise des tortillas qui vit des groupes de désespérés, armés de cailloux et de machettes, prendre d’assaut des trains chargés de céréales et les piller au rythme de 35 tonnes par mois. Mais accumuler des réserves entraîne la hausse des prix. Parce que la population mondiale augmente et parce que les classes moyennes émergentes chinoise et indienne veulent manger chaque jour davantage et mieux. Les inondations en Australie et au Pakistan elles aussi ont contribué à provoquer une pénurie de grains. Les réserves mondiales actuelles s’élèvent à 432 millions de tonnes qui ne représentent que 70 jours de consommation mondiale, réduits à 64 lorsque le printemps sera là.

« Nous sommes entrés sur un terrain dangereux. Le prix mondial combiné des céréales, des graisses végétales, des produits laitiers, de la viande, et du sucre… ne cesse de monter depuis six mois, sans discontinuer, et il a dépassé les niveaux atteints lors de la dernière panique alimentaire. Et il reste encore de la marge pour qu’il continue de monter beaucoup plus si la vague de chaleur en Argentine se transforme en sécheresse ou si l’Ukraine et la Russie connaissent à nouveau de mauvaises récoltes » nous explique Abdolreza Abassian, économiste en chef de la FAO. La Banque Mondiale prévoit que les prix resteront élevés au moins jusqu’en 2015. D’autres vont plus loin et considèrent que le changement climatique constitue un autre facteur d’inflation. Certains experts calculent que pour chaque degré d’élévation de la température, on perdra dix pour cent de la production agricole. « Le temps des denrées alimentaires bon marché est terminé », conclut Gonzalo Fanjul, d’Intermón Oxfam. En Amérique Latine, le prix du panier de la ménagère a augmenté de 45 % depuis l’été. Jean Ziegler, rapporteur spécial de l’ONU pour le droit alimentaire, qualifie de « génocide silencieux » le fait de brûler des centaines de millions de tonnes de céréales en biocarburants.

Dans ces conditions, la mise à sac par les spéculateurs du marché des matières premières et le fait que la Bourse de Chicago — parquet de référence pour les matières premières — soit devenue ce casino où les jetons sont des fèves, des grains et des haricots rouges, était courue d’avance. C’est ce qui se passe depuis qu’a éclaté la crise financière de 2007. La bulle immobilière et créditrice est aujourd’hui remplacée par une bulle alimentaire. Selon la défunte société de consulting Lehman Brothers, environ 270 milliards de dollars auraient migré de Wall Street vers la chasse aux gros coups sur les contrats à terme à la bourse de Chicago dont les profits ont fait un bond de 65 % en un an. Des banques d’investissements, des fonds de pension et à haut risque (hedge funds) s’y livrent à un véritable festin sur le dos de millions de gens condamnés à la famine. Ils ont recours à des mécanismes d’une sophistication extrême qui leur permettent des effets « levier » sur des opérations d’achat/vente portant sur des sommes faramineuses en ne déboursant qu’un pourcentage infime de la valeur du contrat. « Comment est-il possible qu’un spéculateur puisse acquérir 15 % de la production mondiale de cacao sans payer un centime et la revendre ensuite ? » s’interroge, scandalisé (faussement, n.d.t.) le président français Nicolas Sarkozy.

Mais ces nouveaux venus n’en sont pas moins des seconds couteaux dans un négoce toujours contrôlé, depuis plus d’un siècle, par les mêmes : les compagnies céréalières surgies à la faveur de la révolution industrielle du XIXº siècle, lorsque des millions de paysans émigrèrent vers les villes, cessèrent de consommer ce qu’ils produisaient et devinrent dépendants du pain acheté chez le boulanger. En Europe, les dynasties du blé sont nées le long du Rhin : les Fribourg (Continental), les Louis Dreyfus et les Bunge. D’humble origine, elles surent gagner l’amitié des rois et connurent leur temps de gloire. En 1870, elles ont sauvé de la famine les Parisiens cernés par l’armée prussienne et réduits à manger leurs propres mascottes. En 1917, elles ont su déjouer le blocus des sous-marins allemands qui étranglaient les routes d’approvisionnement des nations alliées. Après la Seconde Guerre mondiale, le Plan Marshall a servi pour placer les excédents nord-américains et nourrir la moitié de la planète, y compris l’Espagne. Ce furent des efforts héroïques, et non moins grassement rétribués.

Aujourd’hui, le monde leur demande d’être à la hauteur de la situation. Mais les affaires sont les affaires. Nous avons un dicton, en Argentine : « Bunge accorde au paysan un crédit, lui vend les semences et lui achète son grain d’avance. Et une fois finie la moisson, il lui vend la corde pour qu’il se pende ». C’est pourquoi certains organismes demandent que soit créée une réserve mondiale de céréales dans laquelle les gouvernements pourraient puiser en cas de disette et qui, en outre, servirait à stabiliser les prix. Parce que cette fois, nous prévient l’ONU, en plus de condamner des millions d’êtres humains des pays défavorisés à ne pas pouvoir se remplir le ventre, nous allons tous pâtir, plus ou moins, des conséquences de la bulle alimentaire.

3.Posté par mada972 le 21/12/2011 14:34
si la prostitution est le plus vieux métier du monde, il faut rappeler qu'elle ont aussi été encadrées par des macs!! don cles macs est aussi un très vieux métier

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Mon opinion c’est que si j’avais 20 ans , moi aussi je partirais de la Martinique, si j’en avais les moyens.
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Victor HAUTEVILLE
13/02/2019

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